Restaurant – Japonais/Izakaya – 25-50 balles par tête
Ça fait partie des mots dont personne ne connaissait l’existence il y a 3 ans et que tout le monde fait genre d’avoir toujours connu. « Izakaya ». Au Japon, ce sont ces bistrots enfumés où l’on boit des Highballs (un cocktail de mauvais whisky et d’eau pétillante), où l’on partage des choses à grignoter et où, passée une certaine heure, l’on parle fort – ce qui n’est pas une évidence pour quelqu’un qui a déjà mis les pieds dans un lieu public japonais.

Chez Haikara, l’izakaya prend une autre forme néanmoins. On a beau être « du mauvais côté » de la rue de la Folie Méricourt, personne n’oublie où l’on est. Rassure-toi, on parle donc bien de vin nat’, de petites assiettes à partager, d’une salle bondée, d’une musique forte, et d’un staff plus cool que toi, à l’image du chef Sho Miyashita qui oeuvre en cuisine.
J’avais déjà traîné ici, à l’époque où c’était un resto mexicain, « Café Chilango », on m’avait dit que c’était le meilleur de Paris, je m’étais dit « mouais ». Aujourd’hui l’ambiance est chouette, la déco ne tombe pas trop dans le kitsch, la salle est exiguë mais on y fait tout de même rentrer une trentaine de couverts. Pas assez visiblement, vu que ça fait la queue sur le trottoir pour prendre ta place. Certains y voient un bon signe, j’y vois un enfer.
Bon, il faut dire qu’il y a des raisons. La première, c’est qu’il n’est pas possible de réserver : on peut tout de même se pointer, donner son numéro et rester dans le coin pour boire un verre en attendant qu’une table se libère. La deuxième, et la meilleure, c’est qu’on mange bien, chez Haikara.
Ils sont 5 derrière le comptoir qui sert de cuisine, et ça bosse sérieusement. De la cuisine japonaise d’izakaya (salade de pomme de terre, tsukune, pickles, sashimi …) avec l’envie de moderniser et adapter aux goûts locaux un peu le tout (ta grand-mère de Vierzon pourrait manger ce kimchi tellement il a oublié de piquer).
On réinvente les formes : le Mapo Tofu, 100% végétarien (et tout doux aussi, on a remplacé le poivre de Sichuan par du poivre Sancho), vient en un bloc dans un petit réchaud avec des champis et plein de sauce. Ultra satisfaisant. Le tsukune n’arrive plus sous la forme d’une petite brochette oblongue de poulet haché, mais d’un steak aussi généreux que plaisant. Son jaune d’œuf se mélange à la sauce soja qui le nappe, et on a l’impression d’être au Sukiyaki. La variante de Taco Rice arrive sur une plaque « sizzling as f. ». La tête de poisson servie en plat du jour le soir jouait aussi du spectaculaire.

Sur le fond, ça reste hyper juste et fidèle à l’ambition : proposer une cuisine savoureuse qui joue avec la tradition de l’izakaya. La sélection de vins est chouette – et on trouve même des trucs à moins de 40 balles ce qui tend à devenir une exception dans ce monde de brut. On se régale de bout en bout et on se demande rapidement si on va recommander autour de nous ce resto, au risque de devoir, la prochaine fois, se retrouver avec les autres FOMOers à faire la queue dans le froid.
Haikara Izakaya
82 rue de la Folie Méricourt
75011 Paris