Mais que se passe-t-il au Cambodge ?

Cet article a été écrit le 31 mai 2016 et les choses bougent vite dans le coin.

T’es là, pépouze, en train de lire Le Bon Bong, de prendre ton café au Shop, de boire ta bière au Showbox, ou de manger ton Tataki (haha) au Bistrot Langka. Tu te préoccupes de rien, tu trouves que la vie est belle, que ta qualité de vie te fais bien bander quand tu lis le journal français et que tu vois la dépression ambiante « back home ».

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Sauf que, mon p’tit pote, je sais pas si t’es au courant, mais ça part sévèrement en live aussi au Cambodge et tu ferais mieux de t’y intéresser pour ne pas être surpris quand l’ambassade te demandera de te rouler en boule dans un coin et de ne plus sortir de chez toi.

Alors c’est un peu long mais voici un petit tour d’horizon de la politique cambodgienne :

Il était une fois, Samdech Akka Moha Sena Padei Techo Hun Sen

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Hun Sen est le premier ministre du Cambodge et le président du parti majoritaire le « Cambodian People Party » (CPP). Depuis 31 ans. Depuis 1985. Le mec gouverne ce pays depuis plus longtemps que la majorité du lectorat du Bon Bong respire. Ce qui est tout de même rigolo. Il est élu – les dernières élections ont eu lieu en 2013 et le résultat a été contesté par l’opposition. Et son gouvernement menace depuis quelques semaines d’action en justice contre les médias qui n’utiliserait pas son titre royal entier à savoir : Samdech Akka Moha Sena Padei Techo Hun Sen.

Mais t’es où mais t’es pas là : Sam Rainsy

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Sam Rainsy est le numéro 1 du parti d’opposition le « Cambodia National Rescue Party » (CNRP). Il tient un discours populiste, fortement antivietnamien, souvent raciste et parfois belliqueux. Il est actuellement en exil en France – le mec est franco-khmer et sort de SciencesPo – pour éviter d’aller passer deux années dans les prisons de SAMSPT Hun Sen. Avec une petite impression de déjà-vu puisque Sam (en fait son prénom est Rainsy, ma vie a changé le jour où j’ai compris ça) a déjà fuis le pays en entre 2004 et 2006 pour une affaire de diffamation  (18 mois de prison graciés par un pardon royal) et entre 2010 et 2013 (10 ans de prison pour avoir publié une fausse carte des frontières graciés également). Du coup, il tient ses meetings par Skype.

Dans la tourmente : Kem Sokha

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Kem Sokha est le bras droit de Sam Rainsy depuis les dernières élections. Auparavant ils appartenaient à deux partis différents. L’un des deux était le chef du « Sam Rainsy Party ». Guess Who ? Bref, Sokha est un peu dans la merde depuis qu’une bande son sensée avoir été enregistré pendant ses ébat avec sa maîtresse (une coiffeuse trainée depuis dans la boue de manière particulièrement honteuse). Alors en France, ça aurait été un mardi ordinaire mais ici c’est allé un peu loin, jusqu’à des convocations devant le juge auquel il n’a pas répondu puisque protégé constitutionnellement par son immunité parlementaire.

Parenthèse : le Cambodge a la plus belle constitution du monde (sérieusement). Elle a été écrite par l’ONU en 1992 et garantie tous les droits humains possibles. Tu peux aller la lire ici si tu as l’âme d’un jureek (un juriste geek).

Bref, du coup, comme il ne s’est pas présenté, il risque maintenant une arrestation (laquelle a failli avoir lieu, sans mandat, jeudi dernier) d’autant plus que son immunité a été levée ce lundi par une manœuvre douteuse d’un parlement boycotté par l’opposition – ce qui donne un parlement où le parti majoritaire décide tout seul. Le Phnom Penh Post parle d’une police en « chasse » du leader de l’opposition.

Alors évidemment, ça énerve un peu les supporters du CNRP et leurs alliés politiques, dont le plus grand syndicat du pays – la CGT locale en quelque sorte. Et BOUM, ça va probablement faire des chocapics.

Les chocapics

A woman gestures at police officers blocking a street during a protest in Phnom Penh...A woman gestures at police officers blocking a street during a protest in Phnom Penh June 17, 2013. The residents of Boeung Kak Lake have been embroiled in a long-running land dispute with a real estate development firm in the capital, and are also appealing for the release of another resident, Yorm Bopha, from prison. REUTERS/Samrang Pring (CAMBODIA - Tags: CRIME LAW CIVIL UNREST POLITICS)

Et les chocapics ce sont des grosses manifestations – si tu es enregistré à l’Ambassade tu as du recevoir un mail la semaine dernière te conseillant de rester à l’écart. Le Bon Bong valide. Parce que je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a de cela quelques années, la police n’était pas armée au Cambodge. Aujourd’hui, tu as, à tous les coins de Norodom, un mec avec un énorme fusil d’assaut. Une sorte de vigipirate local où les pirates sont l’opposition. Et ça, c’est pas super.

Il n’y a eu qu’un seul mort (par la police) pendant la dernière grosse vague de manifestation au Cambodge, en 2013 après les élections. Vu la rhétorique du pouvoir actuellement, on peut légitimement s’inquiéter de la suite des évènements.

L’inquiétude de la communauté internationale

Au cours des deux dernières semaines, l’ambassade des Etats-Unis et la délégation de l’Union Européenne ont notamment appelé à calmer le jeu politique au Cambodge. Mais c’est surtout ce bon vieux Ban Ki Moon – le secrétaire général des Nations Unies – qui vient de publier son inquiétude sur la situation politique dans le coin.

Un pouvoir tendu

Quelques éléments, en vrac, montrant à quel point le pouvoir est un peu sous pression ces jours-ci :

  • Un rapport d’une ONG locale de droits de l’Homme (Licadho – financée largement par la communauté internationale et dont la qualité du travail est reconnue) dénonce l’augmentation du nombre de prisonnier politiques passant de 0 à 29 en un an. Réponse du gouvernement : « Licadho n’est pas une ONG, c’est une rébellion contre le gouvernement ».
  • Du coup, lors de la dernière manif de Licadho, 8 personnes ont été arrêtées dont le directeur adjoint de l’ONG et deux employés étrangers – un allemand et un suédois.
  • Le dernier argument à la mode du gouvernement est de dire que si le peuple continu à « abuser de ses droits » (sic) le pays risque de vivre la même situation que la Syrie ou la Libye. Et de publier une super vidéo sur le sujet.

Quelques conseils

  • Evite les manifestations et les regroupements.
  • Lit le journal : Phnom Penh Post ou Cambodia Daily ou, au moins, like les sur facebook pour être au courant de l’avancée des choses
  • Evite les prises de positions de politique intérieure : en 2013, tout un groupe de stagiaires d’une ambassade européenne ont été « exfiltrés » du pays en 48h après avoir eu la bonne idée d’arracher une affiche de SAMSPT
  • Evite d’écrire des articles sur la politique cambodgienne

Bonus : Meet Bun Rany, la délicieuse compagne de Samdech Akka Moha Sena Padei Techo Hun Sen et patronne de la croix rouge locale.

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Message Subliminal

1 Commentaire

  1. […] politiques, mais rien non plus d’alarmant. Si ça vous intéresse, vous pouvez aller voir ici  et ici pour mieux […]

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