Nos amis les sexpats

Ils sont parmi nous, ils errent sur Riverside et dans les rues attenantes, ils fréquentent le pontoon et les bars à filles de la rue 51. Ils tiennent des guesthouses, des restaurants, ils sont freelances ou travaillent pour l’ONU. Ils trouvent au Cambodge, les saveurs sucrées de l’Amour (sic) qu’ils ne trouvent pas ailleurs, « at Home » comme disent les anglo-saxons. Le Bon Bong aujourd’hui vous parle des Sexpats.

Chacun l’aura compris, sexpat est un mot-valise pour désigner l’ensemble de ces personnes, souvent de sexe masculin, dont la capacité à avoir des rapports sexuels dans les pays en développement justifient, en bonne partie et plus ou moins consciemment, leur présence « sur le terrain ». Alors, forcément, comme moi, tu t’imagines le sexpat tel que l’impose sa caricature : en claquettes et marcel, la soixantaine dégarnie et la chope d’Angkor Beer posée sur la bedaine, reluquant d’un air aussi pervers qu’écœurant les « travailleuses » du Sorya. Tu vois ce vieux russe dégueulasse tripoter une quasi-ado trop maquillée à Sihanoukville en déclarant « yourrrr pussy verrry hot », faire fi de ses protestations et tu t’imagines l’enfer de la vie de cette jeune femme.

Bangkok, Thailand --- Sex Worker and Client in Club --- Image by © Barry Lewis/In Pictures/Corbis

Sauf qu’à trop associer le touriste sexuel au sexpat, on en oublie souvent sa facette la plus insidieuse. Le sexpat n’est pas forcément ce vieux dégueulasse, il est aussi ce quinqua flamboyant qui organise ses réunions au KTV « parce que c’est comme ça qu’on fait des affaires ici ». Il est aussi ce trentenaire un peu dégarni qui change de nana à chaque nouvelle sortie au Pontoon. Il est ce mec qui vient refaire sa vie au Cambodge après son premier divorce et qui se trouve une petite de vingt ans plus jeune pour lui reluire, entre autres choses, l’égo.

hostess+gogo+bar+phnom+penh

Il est en fait l’ensemble de ces personnes qui trouvent au Cambodge, ou ailleurs dans la région, une capacité de séduction (ou au moins une capacité à avoir des relations sexuelles) plus grande ici que ce qu’il pourrait trouver en France et qui décide d’en user, voire, parfois, d’en abuser. Et cela sans se préoccuper des raisons qui entretiennent cette capacité : qu’il est flatteur d’être Don Juan quand je n’étais que looser lambda à Paris ! Alors on évite de se poser des questions et on profite de son statut nouvellement acquis : on gagne en confiance auprès des femmes et l’on continue à jouir des charmes de l’Orient.

Loin de moi les discours moralistes : je n’ai que faire de tes pratiques sexuelles tant qu’elles sont basées sur un principe d’égalité. Sauf que la domination qui s’exerce ici est insupportable. A la posture souvent machiste de l’Homme Blanc sur la petite chose khmère s’ajoute la domination de l’argent qui s’impose d’elle-même, quoi que l’on en dise et sans même parler de prostitution. Chacun est prompt à voir (et souvent aussi à dénoncer) ce que l’inégalité crée de violence symbolique sur le yacht d’un millionnaire cannois, beaucoup moins quand on parle de relations sexuelles au Cambodge. La comparaison est valable : le sushi bar où tu invites ta petite serait l’équivalent d’un resto à 200€ en France si on le rapporte aux salaires moyens. Ainsi le rapport de domination est instauré et à moins que notre ami le sexpat fasse tous les efforts pour l’effacer – ce qui peut arriver, je ne préjuge de rien – il demeure et vient pourrir l’égalité de la relation, si ce n’est le consentement.

pic9

Alors, oui, ami expat’, ami sexpat’, tu peux continuer à te dire que c’est le soleil local qui offre un éclairage particulier à ta peau et te rends aussi si séduisant, tel un prince charmant. Tu peux aussi ouvrir les yeux, voir que ta libido prospère sur ton insolente (et toute relative) prospérité. Que ta cendrillon désire probablement plus ton mode de vie que ton vit. Que toute la puissance symbolique du faste de l’occident joue en ta faveur mais que tout ce déséquilibre est écrasant : socialement, sociologiquement certes, mais surtout humainement.

 


 

J’ajoute après coup ce petit lien où l’on verra assez facilement le grand mélange de genre que j’essaie de dénoncer dans cet article : où l’on passe de la drague à la prostitution sans coup férir, où l’on devient un quasi-humanitaire en acceptant de se faire une petite khmère, où l’on s’échange des conseils pharmaceutiques contre le VIH.

Message Subliminal

1 Commentaire

  1. Zedoo dit : Répondre

    Analyse tres surfaite. Avec un minimum de comprehension on se rend compte que la relation de domination n’est pas aussi simpliste que « l’article » le laisse entendre.
    Quid des arnaques au marriage? Des chantages affectifs? De la grossesse unilateralement desiree et qui est percue localement comme une opportunite de sponsorship?
    Je passe sur les cinquantenaires (souvent divorces, en situation de faiblesse) qui rentrent au pays apres une malheureuse rencontre amoureuse: investissement des economies d’une vie au cambodge, totale confiance envers la nouvelle compagne locale, et finalement retour au pays manu militari pris dans le piege administratif et les pretextes fallacieux de la belle famille.

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